

C'était dans ce décors intemporel que mes ancêtres posaient des filets sans être inquiétés. Ils les relevaient toujours remplis. Les bâteaux dormaient toute l'année sur la plage. Le moteur sous la coque à l'abris de la pluie.
Les estivans n'étaient pas si nombreux. Chaque plagiste avait ses 10m² d'intimité.
Et aujourd'hui tout ça c'est terminé.
Sur la plage on n'a plus le droit de rien mettre, sauf des chiottes et des cabanes de secouristes.
Pour aller jusqu'à l'eau, on marche sur des serviettes quand ce n'est pas des têtes.
Le bateau, il va au quai, payant, ou sur une remorque au cul d'une voiture.
Et si jamais on avait le droit le mettre sur la plage, il serait dégradé ou volé très rapidement.
Et dans l'eau, il y a bien moins de poissons.
Il faut s'assurer pour la moindre excentricité.
Plus question de manier le filet ou l'épervier.
C'est réservé aux PECHEURS. Car il ne faut pas
les déranger ces gens là.
Ils ne fallaitt pas leur enlever le pain de la bouche, les pauvres!
Pendant des années ils ont gagné beaucoup d'argent.
Aujourd'hui certains n'ont plus rien.
Ils n'ont plus de poisson.
Ils n'ont plus de filets à mailles serrées.
Ils n'ont plus le carburant bon marché
Ils ont tout perdu!
Ils sont devenus pauvres!
Pauvre bougres je vous plains!
Vous n'avez même plus l'argent pour
remplir (pour certains encore, mais pas tous)
le reservoir de la jaguar, de la ferrari, ou de la mercedes pour les plus modestes,
ou du chalut qui vaut plusieurs millions d'euros.
Heureusement que l'on m'interdit de poser des filets ou
d'utiliser des éperviers!
Sinon, ils deviendraient des biaffrés ces pauvres pêcheurs,
Affamés, ventre tendus et yeux globuleux!
Si c'est pas triste.
On a perdu notre liberté de pêcher
pour que certains puissent s'engraisser.
En France les droits du groupe deviennent plus importants
que les droits des individus.